Révolution! Le mouvement McGill français a maintenant 50 ans

  • Le professeur Stanley Gray en 1969. McGill University Archives, PR011313

 

McGill français!  McGill au peuple!  Ces slogans sont lancés en force d’une foule imposante de manifestants. Partis du carré Saint-Louis, les quelque 10 000 manifestants se heurtent à un barrage tout aussi imposant de près de 500 policiers et agents de sécurité. Retour sur un événement qui a aujourd’hui 50 ans.

 

Qu’est-ce que McGill français?

L’opération McGill qui sera plus tard rebaptisée McGill français est un mouvement de protestation d’inspiration socialiste et nationaliste instigué par plusieurs organisations québécoises. Ce front commun regroupe des associations étudiantes, des organisations ouvrières et des groupes nationalistes. Le point central du conflit est la place du français à l’Université McGill (institution anglophone) et dans une plus large mesure, le rôle qu’elle doit jouer dans une société québécoise en pleine ébullition.

La manifestation du 28 mars 1969 est le point culminant de plusieurs semaines de tensions entre l’université McGill et Stanley Gray,  véritable catalyseur du mouvement. Gray qui est professeur de français à l’Université McGill veut que l’université s’ouvre à la société québécoise et que le français y occupe une place centrale. C’est dans cette optique qu’il fondera la SDU (Students for a democratic University) en novembre 1967. La SDU et Gray exerceront des pressions sur la direction de l’Université en interrompant des sessions du Sénat et du Board of Governors . À l’interne, le département de français de McGill ainsi que le journal étudiant le McGill Daily sont en faveur des changements proposés par Gray. Cette lutte intestine fera boule de neige, McGill étant perçue par une majorité de la population francophone comme un bastion de l’élite anglo-saxonne  au Québec, une institution qui demeure insensible au fait français. La lutte entre Gray et l’Université n’était donc plus une crise isolée, mais représentait la cristallisation des luttes populaires et identitaires de l’époque. Gray sera démis de ses fonctions de professeur au courant de l’année 1969.

Ce face-à-face est révélateur des profonds changements sociaux qui s’opèrent dans la société québécoise. La marche du 28 mars 1969 est la plus grande manifestation d’après-guerre au Québec. Elle est composée notamment du Mouvement pour l’intégration scolaire de Saint-Léonard, du Conseil central de Montréal, de la SDU (fondée par Stanley Gray) et de milliers de jeunes étudiants. Bizarrement, c’est un moment qui demeure largement méconnu de l’histoire de la Révolution tranquille.

Quelles sont les revendications?

Les revendications sont nombreuses et diverses étant donné l’hétérogénéité des groupes présents. Néanmoins, on peut distinguer certaines tendances en se basant sur les revendications des organisateurs de la manifestation du 28 mars 1969. Selon eux, le coeur du problème réside dans le constat suivant: Pourquoi l’État québécois devrait-il accorder 30% des subventions dédiées aux universités québécoises à une université anglophone alors que la population non francophone s’élève seulement à 17% ?

«C’est la majorité française qui paie pour McGill, à même ses impôts»,

Stanley Gray, McGill: option anti-Québec, Bienvenue à McGill, mars 1969, p. 4

Leurs demandes s’articulent autour de 7 points principaux:

  1. On réclame une francisation progressive de l’université (50 % en 1969-1970, 75 % en 1970-1971 et 100 % en 1971-1972)
  2. Acceptation d’une partie des 10 000 cégépiens dès l’année académique qui commençait en septembre 1969, et ce d’autant plus que le quart des inscrits de McGill venait de l’extérieur de la province et que la moitié de ses diplômés s’en allait faire carrière à l’extérieur du Québec.
  3. Politique de parité des frais de scolarité avec l’Université de Montréal (200 $) en attendant la gratuité scolaire (on assure que les frais de scolarité plus élevés à McGill empêchaient les élèves moins bien nantis de s’inscrire à ses programmes).
  4. Abolition du Centre d’études canadiennes-françaises qui scrutait les Québécois comme des indigènes (établi en 1963, le Centre reproduisait la structure des centres qui existaient déjà, comme le Center for East Asian Studies).
  5. Ouverture de la bibliothèque McLennan au grand public (celle-ci contenait la plus importante collection d’œuvres canadiennes-françaises du Québec).
  6. Priorisation des intérêts nationaux dans la recherche.
  7. Représentation tripartite au Conseil des gouverneurs: un tiers étudiant, un tiers personnel enseignant et non-enseignant et un tiers représentant direct du peuple québécois

Référence: Warren, Jean-Philippe, Bulletin d’histoire politique, 16-2, L’Opération McGill français. Une page méconnue de l’histoire de la gauche nationaliste.

 

Conséquences

En rétrospective, McGill français a eu peu de répercussions directes. Outre l’affaire de l’Université Sir George Williams en janvier 1969 où des étudiants ont occupé les locaux d’informatique, peu d’actions similaires ont vu le jour par la suite. Pourquoi ce constat d’échec? Selon Gray, le mouvement étudiant flottait encore trop «de crise en crise, de bordel en bordel, sans construire une organisation de base structurée, sans faire une éducation socialiste poursuivie avec la population et sans développer une stratégie cohérente. (Warren. J-P)

En 50 ans, la place du français à McGill a considérablement augmenté.  En 2018, on recensait 20% des étudiants qui ont le français comme langue maternelle comparé à 10% en 1970. Depuis 1984, il est désormais possible de produire travaux et évaluations en français. On n’a qu’à jeter un coup d’oeil au site web de l’Université pour se rendre compte de l’attrait suscité par la langue de Molière!

Si la diversité culturelle et linguistique est une richesse, McGill est un joyau de la Couronne et le français est le plus beau diamant dont il est serti.

La place du français à McGill

 

 

Le mouvement en dates clés

23 novembre 1967: Création de la SDU par Stanley Gray.

24 janvier 1969: Interruption d’une session du sénat de l’Université McGill par Gray et ses supporters.

19 février 1969: Ouverture des charges contre S. Gray par l’Université McGill.

Mars 1969: Publication du numéro spécial du McGill Daily «Bienvenue à McGill» favorable à la cause de Gray.

28 mars 1969: 10,000 à 15,000 manifestants déferlent sur la rue Sherbrooke jusqu’à l’entrée du campus de McGill  (Roddick Gates).

Avril 1969: Licenciement de Stanley Gray

 

Nos ressources à votre disposition!

Nous espérons avoir piqué votre curiosité à propos d’un évènement largement méconnu de notre histoire. Nos archives regorgent de documents fascinants sur McGill français!

En voici quelques exemples!

 

  • Première page du rapport du comité d'arbitrage sur le différend opposant Stanley Grey à l'Université McGill. McGill University Archives, RG32/C47/F1225

 

Pour en apprendre plus…

Consultez le site web des Archives de l’Université McGill:  https://www.mcgill.ca/library/branches/mua

Si vous avez des questions, contactez nous au : refdesk.archives@mcgill.ca pour plus d’information.

 

Écrit par Julien Couture et Frédéric Giuliano, archivistes à l’Université McGill.

 

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