Ils vivaient avec leurs 17 enfants dans un logement de 4 pièces…

 

Citoyens de Pointe Saint-Charles. McGill University Archives, Fonds Clinique communautaire de Pointe Saint-Charles, D-CCPSC-03-344

Un 4 pièces avec 6 ou 7 enfants! Certaines familles avaient 12 ou 17 enfants! […] Une chambre de garçons, une chambre de filles, une chambre de parents. Les enfants étaient élevés dehors. C’était la grande misère, raconte Marguerite.

 

On gelait dans ces taudis-là! Ma mère sortait le beurre le soir pour faire nos lunchs et le matin, il était aussi dur que quand elle l’avait mis sur la table! Ah oui, il faisait froid… […] Mais chez nous, c’était toujours bien peinturé, et ma mère faisait des beaux petits rideaux! On avait des prélarts usés, mais cirés! se souvient Madeleine.

Pointe Saint-Charles: un quartier, des femmes une histoire communautaire, les éditions remue-ménage, p.32.

La difficile vie dans Pointe Saint-Charles

Dire que la vie dans Pointe Saint-Charles était difficile relève bien plus de l’euphémisme que de la réalité. En 1961, 52% des maisons nécessitaient des réparations, 12% étaient inhabitables, 26% ne possédaient ni douche ni baignoire et 42% n’avaient pas d’eau chaude. Georges Valérien Émond, médecin durant les années 1940 raconte:

À cause de la pauvreté, de problèmes personnels et sociaux, j’ai été à même d’observer, parmi les familles auprès desquelles j’étais appelé, la recherche d’évasion dans la délinquance, l’alcoolisme, la dépendance chronique et d’autres formes d’isolement social. […] Face aux «gens à l’aise», je me rendais compte qu’ils avaient un taux de mortalité plus élevé, une espérance de vie inférieure, un niveau de santé plus bas tant physiquement que psychologiquement et souvent une alimentation insuffisante […]. Je remarquais qu’ils avaient maintes fois recours à des médecines familiales ou folkloriques, car les soins médicaux authentiques étaient pour eux trop onéreux et leur faisaient peur.

Propos recueillis par Ginette Duquette, Comité historique de Pointe Saint-Charles en mai 1995. Dans Pointe Saint-Charles: un quartier, des femmes une histoire communautaire, les éditions remue-ménage, p.35.

Bien qu’au début des années 1960 le domaine de la santé devient la responsabilité de l’État et que progressivement un système d’assurance universelle couvrant les soins de santé se met en place, les gens de Pointe Saint-Charles n’ont qu’un accès bien limité aux soins de santé, alors qu’on ne compte seulement que 4 médecins – dont 2 à temps partiel –  pour une population de 24000 personnes. En plus du manque chronique de soins de santé, la population de Pointe Saint-Charles est aux prises avec un taux élevé de pauvreté et un très faible niveau d’instruction. C’est dans ce contexte que quelques étudiants de l’Université McGill décident de mettre sur pied un projet de médecine communautaire.

La petite histoire d’une clinique communautaire

Quatrième local de la Clinique au coin des rues du Centre et Charlevoix, 1973. McGill University Archives, Fonds de la Clinique communautaire de Pointe Saint-Charles, 2008-0024.04.07.38.1

La Clinique communautaire de Pointe Saint-Charles est mise sur pied par des étudiants en médecine, en soins infirmiers et en sociologie de l’Université McGill qui sont préoccupés par le peu de services médicaux dans le quartier. Ces étudiants sont inspirés par le modèle des cliniques populaires existant dans certains quartiers pauvres des États-Unis. Selon ce modèle de médecine communautaire, il existe un lien entre la pauvreté, les conditions de vie et l’état de santé. Les citoyens du quartier sont rapidement intégrés au projet.

C’est la première clinique communautaire établie dans un quartier populaire au Québec. On y pratique la médecine familiale et les gens du quartier peuvent recevoir des services médicaux gratuitement, et surtout, on s’attaque aux causes de la maladie.                                                                                       <ccpsc.qc.ca/fr/historique>

À cette époque, outre les étudiants en médecine, le personnel comprend une infirmière, Barbara Stewart, un médecin, François Lehman et un éducateur, Abe Rosenfeld. On y pratique une médecine qui relie les problèmes de santé et les problèmes sociaux et, surtout, on intervient sur leurs causes. La Clinique communautaire de Pointe Saint-Charles ouvre ainsi ses portes en juillet 1968. Au fil des années, la clinique a occupé plusieurs locaux et aujourd’hui elle occupe des locaux à deux endroits: 1955 rue du Centre et au 500 avenue Ash.

En 1970, la clinique reçoit sa chartre et son premier conseil d’administration est nommé. Il est composé de 25% d’étudiants, 25% de membres du personnel et de 50% de citoyens concernés. Sur ce point aussi la clinique innove. Pour une pratique citoyenne de la médecine, il faut travailler à réduire les écarts entre la population qui utilisent les services et les personnes qui les dispensent. Par son conseil d’administration composé à majorité de citoyens, ce sont ces derniers qui au final décident des orientations de la clinique. En 1975, la clinique est en mesure de suivre près de 3 700 familles.

  • Citoyens du quartier Pointe Saint-Charles, McGill University Archives, Fonds Clinique communautaire de Pointe Saint-Charles, 2008-0024.04.7.115

Les fonds des archives populaires de Pointe Saint-Charles

Les Archives populaires de Pointe-Saint-Charles (APPSC) ont été créées en 1997 en tant qu’organisme communautaire dédiée à la collecte et à la valorisation du patrimoine archivistique de Pointe Saint-Charles. Les activités comprenaient la préservation de ses propres documents institutionnels, l’acquisition des documents d’organisations communautaires locales, la préparation des instruments de recherche en fonction de ses exploitations, des expositions sur les usines qui bordaient le canal de Lachine et de la communauté des femmes qui organisait des activités. Les sources recueillies par les Archives populaires ont été utilisées dans la production d’un livre publié en 2006 intitulé Pointe Saint-Charles: quartier des Femmes des Nations Unies, une histoire communautaire.

 

Le centre des Archives populaires de Pointe Saint-Charles a été dissous en 2007 et les archives ont été données au service des Archives de l’Université McGill en 2008. Ces fonds d’archives sont d’une richesse exceptionnelle pour l’étude de l’histoire de Pointe Saint-Charles. Les documents s’étendent sur près de 40 mètres linéaires de documents textuels, films, cassettes, disques compacts et plus de 10000 documents photographiques. Ils couvrent la période de 1968 à 2006.

 

Le fonds Atelier Muse-Art

L’Atelier Muse-Art a été créé en 1990 en tant organisme artistique à but non lucratif dans le quartier Pointe Saint-Charles à Montréal. Créé par un groupe d’artistes locaux, le but de l’organisme était de fournir un accès aux arts par la création et le partage des programmes culturels avec d’autres groupes communautaires et le grand public. Au cours de son existence, de 1990 à 2005, l’Atelier Muse-Art a organisé et produit un certain nombre d’expositions d’arts visuels, des productions théâtrales et des ateliers d’art.

Ce fonds illustre les activités de l’Atelier Muse-Art comme la production d’expositions et d’événements de l’Atelier ainsi que l’implication de l’organisation avec des groupes communautaires du quartier Pointe Saint-Charles, en particulier Action-Gardien. Le fonds comprend des dossiers administratifs de l’organisation (correspondance, demandes de financement, procès-verbaux et les rapports annuels). Les documents promotionnels, des coupures de presse et des photographies des expositions et des manifestations produites par l’Atelier Muse-Art, sont également inclus dans ce fonds.

Le fonds Thérèse Bourdon

Les documents soulignent la participation de Thérèse Bourdon dans les groupes communautaires de Pointe St-Charles, durant la fin des années 1960 et début des années 1970. La majorité des documents se rapportent à la création et les activités du groupe le Regroupement des Citoyens de la Pointe St-Charles.

Le fonds Greater Montreal Anti-Poverty Coordinating Committee

Le Greater Montreal Anti-Poverty Coordinating Committee (GMAPCC) a été fondé en 1970 par une coalition de groupes communautaires de langue anglaise dans le but d’améliorer le système de protection sociale. L’organisation a également abordé des questions telles que l’emploi, le logement, l’éducation, la protection des consommateurs, les droits des femmes, et les syndicats. L’organisation utilisait des moyens de pression tels que les sit-ins pour atteindre leurs objectifs. Le GMAPCC a également érigé des programmes de soutien et d’éducation afin que les bénéficiaires de l’aide sociale soient bien informés sur leurs droits. Le GMAPCC a notamment publié The Poor People’s Paper.

Ce fonds documente les activités du Greater Montreal Anti-Poverty Coordinating Committee (GMAPCC), de 1970 à 1974. Il contient notamment, des procès-verbaux, des notes administratives, des publications et une chronologie.

Le fonds Regroupement Information Logement

Avant la création de Regroupement Information Logement (RIL), la défense des droits des locataires était entre les mains de « La maison de quartier ». Ce comité de logement laisse ensuite place à la Société d’amélioration de Pointe Saint-Charles (SOCAM). Né, en 1978, d’une décision du Conseil d’administration du Service d’aide à la rénovation de Pointe Saint-Charles, le RIL à trois buts principaux :

  1. de recréer dans le quartier de Pointe Saint-Charles un organisme communautaire pour agir au niveau du logement coopératif, public et privé;
  2. d’être un interlocuteur valable en face des pouvoirs publics et des intérêts privés ;
  3. d’assurer un rôle de défense des intérêts des locataires des secteurs publics et privés ainsi que des coopératives d’habitation.

Réunion du Projet Saint-Charles. McGill University Archives, Fonds Clinique communautaire de Pointe Saint-Charles, D-CCPSC-03-288.

Le RIL est un regroupement de trois organismes de logement. Le premier est le Projet Saint-Charles-Comité Logement, où les locataires sont référés s’ils ont des problèmes de logement ou pour recevoir un logement convenable. Le second organisme est la Société d’amélioration de Pointe Saint-Charles (SOCAM) qui assure l’achat et la gestion de bâtiments résidentiels en attendant qu’ils soient transférés à des coopératives d’habitation. La SOCAM a ainsi acheté plus de 55 bâtiments à la Pointe depuis 1978 dont 95% ont été transférés à des coopératives ou des organismes sans but lucratifs d’habitation. Finalement, le troisième organisme est le Service d’aide à la rénovation de Pointe Saint-Charles (SARP) qui apporte une aide à tous les niveaux de la réalisation d’un projet d’habitation. Le SARP répond aux besoins autant des locataires que des entrepreneurs et elle assure la participation et l’adaptation d’une clientèle défavorisée aux besoins spécifiques.

Les documents de ce fonds nous permettent d’observer les actions du Regroupement Information Logement comme les projets accomplis pour l’amélioration de la qualité des logements et de la qualité de vie pour les locataires de Pointe Saint-Charles. Ils consistent en des procès-verbaux de réunions, des documents du conseil d’administration et de la correspondance.

Le fonds Carrefour d’éducation populaire de Pointe Saint-Charles

À la fin des années 1960, le regroupement des citoyens de Pointe Saint-Charles décide de former un comité composé de citoyennes afin d’analyser en termes d’éducation populaire l’abandon des cours d’alphabétisation pour les adultes. Le Comité d’éducation de base de Pointe Saint-Charles, qui deviendra le Carrefour d’éducation populaire, voit donc le jour en 1967. Il a pour but de répondre aux besoins des gens du quartier en matière d’éducation populaire aux adultes et en alphabétisation.

Outre les cours d’alphabétisation, le Carrefour d’éducation populaire offre rapidement d’autres programmes qui visent le développement global de la personne et la création d’un lieu de réflexion, de discussion et d’échange pour les gens du quartier. Ces programmes offerts par le Carrefour se divisent en 5 secteurs : alimentation, alphabétisation, intégration des personnes handicapées, artisanat et interculturalisme. Également, le Carrefour a produit plusieurs publications en tant qu’outil d’animation et outil de réflexion sur des problématiques précises.

Ce fonds reflète les actions réalisées par le Carrefour pour l’amélioration de la qualité de l’éducation populaire et sociale des résidentes de Pointe Saint-Charles. Les documents sont composés de procès-verbaux du conseil d’administration, de l’équipe et de l’exécutif, de livres de recettes et de documents sur les activités culturelles. Ce fonds contient également des sondages sur des recherches faites dans le quartier, de la correspondance sur la collaboration avec les groupes du quartier, la programmation et les objectifs des différentes activités.

Le fonds de la Clinique communautaire de Pointe Saint-Charles

Le fonds comprend plus de 2 mètres linéaires de documents textuels et plus de 6800 documents photographiques. La documentation porte sur les actions réalisées et les luttes menées par la Clinique pour l’amélioration de la qualité de vie et de santé des citoyens de Pointe Saint-Charles. Les documents sont composés des procès-verbaux, des documents du conseil d’administration, de la correspondance avec divers groupes de Pointe Saint-Charles.

Ce 3 mai, la Clinique communautaire de Pointe Saint-Charles fête ses 50 ans. Une grande fête aura lieu le 3 mai 2019, à 19h30 (ouverture des portes à 18h50), à l’Aréna Saint-Charles (1055 Hibernia). Une belle façon de souligner l’apport essentiel de la clinique et des organismes communautaires dans l’évolution du quartier de Pointe Saint-Charles.

 

 

 

 

 

 

 

 

Frédéric Giuliano, Archiviste, McGill University Archives

 

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