Exhibit News – Autopsy: from Sight to Knowledge

A discussion of an orginal watercolour by famed British caricaturist Thomas Rowlandson,

drawn from the exhibit Autopsy: from Sight to Knowledge currently on display in the McLennan Main Lobby through to September 10th 2018.  Bilingual captions English- French.

Presented in French by Assistant Researcher Andrée-Anne Venne (UQAM)

Quand on m’a demandé de présenter une œuvre dans la cadre de l’exposition L’autopsie du regard au savoir, mon choix s’est arrêté sur Dr. W. Hunter’s Dissecting Room de Thomas Rowlandson (1756-1827), un dessin aquarellé qui aurait été réalisé au début du 19siècle par le célèbre caricaturiste britannique.

Il  s’agit d’un dessin authentique de Rowlandson, réalisé d’après une esquisse aujourd’hui au Collège royal des chirurgiens de Londres. L’œuvre conservée à Osler aurait été destinée à un ouvrage de Rudolph Ackermann (1764-1834) publié en 1810 et illustré par Rowlandson, mais n’aurait finalement pas été utilisée. Ce dessin illustre parfaitement la définition la plus courante de l’autopsie au 21e siècle, soit l’examen médical des cadavres.

Rowlandson. “Dr. Hunter’s Dissecting Room”. 1810. Osler Print Collection

Le dessin représente l’intérieur de la salle de dissection de l’anatomiste William Hunter (1718-1783), que l’on aperçoit surplombant l’assemblée à gauche de la composition. Le choix de Hunter par Rowlandson permet également de parler du rôle important de l’étude anatomique dans la formation artistique depuis la Renaissance. En effet, Hunter a offert quelques lectures sur le sujet à la Royal Academy de Londres, participant ainsi à l’éducation des artistes britanniques. Comme les anatomistes, certains artistes de l’époque utilisent des cadavres pour offrir une représentation réaliste du corps humain. Ici, Hunter est représenté entouré d’étudiants et de confrères, occupés à nettoyer, ouvrir et observer des cadavres à différents stades de putréfaction. La scène se déroule dans son école de la rue Great Windmill à Londres.

À première vue, on pourrait donc penser que Rowlandson offre un portrait documentaire de la pratique de l’autopsie à la fin du 18e siècle, en regroupant certaines de ses figures phares. Si on regarde bien ce dessin, on se rend compte que Rowlandson y dissimule aussi certaines critiques que la société britannique formule alors à l’encontre des anatomistes.

Outre le caractère grotesque de certains cadavres et squelettes, c’est surtout l’affiche sur le mur de droite, intitulée « Prices for bodies », prix pour les corps, qui permet d’entrer dans l’univers satirique. Pour les spectateurs de l’époque, cette affiche évoque la pratique des résurrectionnistes et ouvre le débat moral sur la pratique des médecins.

En effet, l’indication du prix des cadavres rappelle que ceux-ci ne sont que rarement donnés à la science. Il y a une pénurie de corps et praticiens et étudiants en médecine n’hésitent pas à faire appel à des résurrectionnistes, voleurs de cadavres frais, pour combler leurs besoins. Cette pratique, courante et lucrative aux 18e et 19e siècles, effraye toutefois la population générale chez qui elle est mal perçue moralement et religieusement. Imaginez un instant ce qui arrivera si, au moment du Jugement dernier, votre corps a été ouvert ou démembré au nom de la science ?

Il faut attendre 1843 et l’Anatomy Act pour que ce trafic diminue en Grande-Bretagne. Trafic auquel William Hunter a la réputation de participer activement, comme le rappel subtilement Rowlandson.

En satirisant l’autopsie, le dessinateur permet donc de faire le pont entre cette pratique médicale et le travail du satiriste. The Dissecting Room permet ainsi de souligner le lien évident entre la satire et le discours anatomique, puisqu’une investigation satirique passe souvent par le démembrement de l’objet d’étude ou par le grossissement à outrance d’un de ses traits, comme s’il était observé au microscope. Le langage médical est d’ailleurs fréquemment employé dans l’analyse des stratégies satiriques.

Il y a donc double démonstration d’autopsie dans ce dessin. La première est celle que pratique le docteur William Hunter et la seconde est celle de Rowlandson, qui observe et dissèque les entrailles de la société dans laquelle il évolue afin de mettre à jour ses angoisses et ses préjugés, ici des préjugés d’ordre moral et religieux contre une pratique médicale encore incomprise.

Sources

McGill University Library. (s.d.) The Osler Library Prints Collection. Repéré à http://digital.library.mcgill.ca/oslerprints/fullrecord.php

Musée du Louvre. (s.d.) Le Radeau de la Méduse. Repéré à https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/le-radeau-de-la-meduse

Sophie Duval et Marc Martinez. La satire. Paris : Armand Colin, 2000.

Fiona Haslam.From Hogarth to Rowlandson: Medicine in Art in Eighteenth-Century Britain. Liverpool: Liverpool University Press, 1996.

Suzanne M. Shultz.Body Snatching: The Robbing of Graves for the Education of Physicians in Early Nineteenth Century America. Jefferson: McFarland & Co, 1992.

Voir aussi le site sur un contemporain de Rowlandson, James Gillray (1756-815).

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